Poème

Si loin que l'oiseau

Préface d'Hervé Rostagnat

 

Extrait

 

Ce jour-là je t’avais envoyé trois messages, j’étais inquiète
Toute ma vie glacée à jamais par ce « Daniel ne va pas très bien. Il est décédé »
Il a laissé une lettre, il te demande pardon. Et ma vie qui volait en éclats
J’ai presque quarante-cinq ans, quatre de mes amis se sont suicidés
C’est un peu ça quand on est malade psy et qu’on vit grâce à une AAH
C’est une question de tempo pas le même que les autres et cette lenteur des vaches
Au fond du jardin quand tu peignais les marais à Talmont Saint Hilaire
« Tous trop cons pour moi, tu disais ». Les folies s’attirent, il y a quelque chose
Comme une profondeur à la marge. Ce fut pour moi le pire des chocs
Depuis notre correspondance publiée notre amitié battait de l’aile
J’avais perdu la patience, celle de te parler comme on parle à un mourant
Je voulais être du côté de la vie et j’avais perdu la grâce
Ton suicide m’a mise tellement en colère à te haïr et la colère m’a tenue debout
C’est maintenant que je m’effondre face à l’inéluctabilité de ton geste.
Steuplaît, Daniel, dis-moi si tu m’entends.


 

Catherine Andrieu, Si loin que l'oiseau, Éditions du Petit Pavé, 2025.
www.petitpave.fr